Dans un nécessaire de peinture sur velours

Nécessaire de peinture sur velours

© Une indiscrétion

De sa cave, Romaine m’a remonté un de ses vieux souvenirs d’enfance qu’elle ne peut pas se résoudre à jeter. Une boîte en métal un peu écaillée renfermant un nécessaire de peinture sur velours. J’ai eu beau chercher sur google ce que pouvait bien être cette technique, elle semble n’avoir gardé que peu d’adeptes au 21e siècle.
Tenant cette boîte de sa mère qui la tenait elle-même de sa mère, Romaine se rappelle l’émerveillement enfantin lorsque, en catimini, elle ouvrait cette boîte aux trésors interdite.

Et, ensemble, assises sur le canapé à ouvrir toutes ces boîtes renfermant de la diamantine aux couleurs évocatrices (cramoisi, rouge feu, pourpre ne représentant qu’une infime différence de teinte), je peux m’imaginer un enfant devant ce nécessaire.

Ouvrir en cachette les boîtes d’apothicaire reconverties (sels, bicarbonate et autres remèdes de grand-mère) en pots de couleur. Coller sur la pulpe de l’index des minuscules billes qui s’éparpillent partout sur le parquet. Déchiffrer, à voix basse et les sourcils froncés, sur les petites boîtes carrées: duvet de soie- et sur les tubes de couleurs: noir d’ébène. Croire que ces matériaux dont on ne connaît pas l’utilité valent de l’or, vu comme ça brille et paillette. Et puis, vite, vite, fermer en hâte le couvercle de la grande boîte et la glisser sous le sofa en entendant le pas d’un adulte.
Quand nous avons débusqué tous ces trésors, nous avons semé de la poudre de diamant sur les coussins, collé du brillant sur les tasses que nous tenions en main, humé suspicieusement des substances à la toxicité incertaine.

Ça m’a rappelé un efficace vidage d’armoire chez ma grand-mère il y a quelque temps de ça. Je lui avais plus ou moins forcé la main à jeter un jeu d’enfant intitulé «Le petit laboratoire» ressorti occasionnellement par la nouvelle génération de petits-enfants.
Vieux de quarante ans, il contenait encore quelques pièces éparses de l’apprenti chimiste: pinces tordues, éprouvettes collantes, boîtes d’échantillonnage ébréchées, et des substances ayant plutôt mal vieilli avec le temps. Je me souviens de sa remarque «les petits vont m’en vouloir de l’avoir jeté, ils aimaient tant le ressortir quand ils viennent». Alarmiste, je me les imaginais, les doigts rongés par l’acide et les cheveux carbonisés par les toxiques s’échappant des tubes d’essai.
Peut-être que tout simplement, ils observaient, curieux, ce jeu venu d’une autre époque et se rêvaient grands chimistes devant l’éternel, sans trop savoir qu’en faire.

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3 thoughts on “Dans un nécessaire de peinture sur velours

  1. La vieille boite laboratoire était comme la boite de peinture de Romaine. Les petits écrasaient des néocolors et se fabriquaient des peintures dans les éprouvettes qui coulaient sur leurs doigts et sur le tapis, tandis que se réalisaient (sur du papier récupéré dans la poubelle)les plus fantasques dessins, grâce aux savants mélanges de couleurs !! Donc, tu peux imaginer leur déception en constatant la disparition de la boite….Merci, Gaëlle pour tes trouvailles indiscrètes…jusque dans la cave de Romaine qui a déménagé il n’y a pourtant pas si longtemps et qui est (presque) aussi conservatrice que moi.!

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