Dans mon jardin d’hiver

© Une indiscrétion

 Petit week-end au Jura. Dépaysement total. En allant chercher la taillaule au beurrrre du matin, j’ai une impression de déja-vu. Mais oui, bien sûr, ça me rappelle Arlee, au fond du Montana, son unique rue, son épicerie familiale (voire plus), l’accent truculent de ses 600 habitants (petit contrôle Larousse – truculent: qui est haut en couleur, plein de pittoresque et de vigueur – oui, c’est bien le mot!). La différence de scène, c’est l’époque de l’année, le milieu de l’hiver qui ne gèle pas uniquement le paysage, mais réduit à néant toute forme d’animation dans la rue.

La seule âme qui vive, un renard promenant sa nonchalance par monts et par vaux et observant indifférent, les voitures glisser sur les routes verglacées. A la faveur d’un rayon de soleil, les arbres se mettent à pleurer, de grosses larmes de gel. Et au passage de la bise, se dépouillent de leur manteau blanc comme on se débarrasse de pellicules sur ces épaulettes. Ce pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver.

Jura

© Une indiscrétion

A la recherche d’une ancienne gare réaffectée en restaurant pour se ravitailler, on suit les instructions obscures, sort du village, roule sur un kilomètre, s’engage sur le premier sentier forestier sur la gauche. Qu’on trouve après deux essais, le premier nous faisant rouler jusqu’au village suivant. Une fois bien engagé, plus possible de se tromper, les traces de passages antérieurs ont creusé des rails solides dans la glace. La voiture suit toute seule la piste et avale la route qui amène sur sa gauche un étang gelé, sur sa droite, un parc à bestiaux. Au bout de trois kilomètres, pris d’un doute et n’ayant toujours pas vu d’indications pour un restaurant, ou même un ancien panneau de gare, nous faisons demi-tour. Avant d’arriver dans un cul de sac où la seule solution serait de remonter les rails marche arrière. L’estomac dans les talons et la mine déconfite. Renseignement pris le lendemain, on était bien sur la bonne route. “Z’avez pas remarqué l’étang gelé?!” … Ben oui, mais en quoi c’était censé nous indiquer le restaurant?

De retour dans mon studio, je me rends compte à quel point ma décoration emprunte au monde végétal hivernal. Silhouettes féériques de feuillus givrés, vert sombre des sapins saupoudré de neige, végétation des prairies prise sous les congères, festival de blanc et d’encre de chine faisant ressortir les lignes simples. En guise de dépaysement, je me contenterai dorénavant de ma décoration, mon jardin hivernal, figé, mais au chaud. :)

Jura

© Une indiscrétion

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