En roadtrip américain I

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En rediffusé, le récit de notre roadtrip américain, 1ère étape “Nature et découvertes” : Luray – Charlottesville – Roanoke – Abingdon – Asheville

27.08.2016
Remonter les fuseaux horaires au-dessus de l’Atlantique fut comme se mouvoir dans un bocal de mélasse, le temps s’allongeant à faire paraître les 8h de vol le double. Finalement Washington apparaît après avoir survolé des kilomètres de Long Island. Sous un ciel azur, les bateaux de plaisance sont de sortie du weekend, semblables à de la noix de coco saupoudrée au-dessus de l’eau. La chaleur touffue de la capitale nous assomme un peu plus avant que nous effectuions notre repli dans notre Ford Escape, prochain compagnon de voyage pour les 10 jours à venir. Pas le temps de s’accommoder de toute sa technologie, voilà les kilomètres qui défilent déjà, en un contre la montre avec le soleil qui entame sa descente sur les Blue Rigde Mountains. Il nous gratifie d’un coucher sur des cumulus nucléaires, et se reflète brièvement sur la Shenandoah River. Arrêtés sur une épingle de la Skyline Drive, on souffle un peu, étourdis par la clameur infatigable des cigales, avant d’entamer la dernière descente sur Luray où nous attend notre chambre de motel sur-refroidie: la peinture des cadres de fenêtre s’écaille par-dessus les moustiquaires en métal rouillé, le vieux frigo tourne à plein régime dans son coin et la climatisation est prête à prendre son envol. Voilà 24 heures que nous sommes réveillés, peu nous importe la chambre.

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28.08.2017
6h30, jetlaggée, je sors à pas de loup de notre chambre, traverse la route déserte et profite du lever du soleil en compagnie des étourneaux piaillant sur les lignes électriques. Debout près d’un concessionnaire auto, je vois la boule de feu du soleil faire frémir doucement les fanions aux couleurs du drapeau américain qui flottent au-dessus des pick-up. Des bétaillères colonisent gentiment la route alors que je reviens sur mes pas, le soleil inondant déjà la cour du motel, au bruit ascendant des insectes.

Une visite des cavernes de Luray nous emmène dans les profondeurs de la terre entre stalactites et stalagmites en formation continue. Le souffle humide et frais du sous-sol nous ramène à la surface, où la température avoisine les 33 degrés. On essaie d’en perdre quelques uns en montant au sommet de la Skyline, là où nous l’avions laissée hier. Nous randonnons à l’ombre des grands arbres, en partie protégés de la canicule. Des ours noirs rôdent dans les parages. Comment faire rentrer cette possibilité dans une imagination limitée aux forêts suisses, quasiment vierges d’une faune si sauvage? Un gros chien noir au bout d’une laisse, un homme trapu, une brindille qui casse, mon cœur est au bord de la crise durant 2h de marche. Mais c’est déçue que je parcours les derniers mètres de retour à la voiture sans observation d’ours. Je rumine contre des randonneurs qui, d’un ton blasé, nous ont lâché n’en avoir vu qu’un seul aujourd’hui…

De point de vue en point de vue, on arrive à bout des 105 miles de la Skyline et piquons vers Charlottesville en contrebas. Charlottesville, berceau de l’université de Virginie, vibre encore, dimanche soir en plein cagnard, aux pas des joggeurs étudiants et aux lancers des quaterbacks en entraînement.

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29.08.2016
Réveil habituel au lever du soleil qui nous amène jusqu’à la Rotunda, emblème de l’Université de Virginie. Minute après minute, la lumière grignote des pans du monument, filtre à travers les arbres du parc, éclaire les arcades et colonnades des corps de bâtiments. Une douce agitation de rentrée anime le campus. Au centre de Charlottesville, on entre de boutique en boutique sur la Main street pour échapper à la canicule de midi. Avant de remonter sur la Blue Ridge Parkway, nous faisons un saut au Sherando Lake où l’eau ne parvient même pas à nous rafraîchir.  En bons Suisses, nous nous acquittons tout de même des 6 dollars à glisser dans une enveloppe et dans une urne.

C’est la Blue Ridge Parkway ensuite, sur des miles et des miles, bordée d’épaisses forêts verdoyantes où se déplacent les ours noirs. De mon siège de passager, je sonde les lisières à la recherche de formes sombres: nous y verrons des biches mais nul plantigrade. Derrière les virages que nous avalons, se révèlent les Blue Ridge Mountains, couches d’aquarelle bleue juxtaposées dans le jour qui décline. Descente à Roanoke pour la nuit, ville à l’architecture douteuse, où se côtoient un musée d’inspiration guggenheimesque, un hôtel de luxe en colombages alsaciens et le château de Disney en miniature. Ce n’est pas faute d’y avoir cherché un attrait à force d’y avoir tourné sans trouver un seul hôtel. Souper dans le seul restaurant ouvert, un dinner désert à ne jamais retenir dans les annales.

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30.08.2016
C’est avec empressement que nous quittons Roanoke, non sans avoir fait un crochet dans un magasin d’alimentation biologique pour faire le stock de nourriture certifiée sans sirop de maïs. En sortant de l’agglomération de Roanoke, les églises de diverses confessions aux architectures les plus improbables se suivent et ne se ressemblent pas, hormis dans leur ambition de toucher le ciel de leur démesure. Une randonnée de 4h nous permet de nous enfoncer à l’ombre des feuillus et des pins, toujours le cœur battant à l’idée d’une rencontre avec un ours. Finalement, la montée à McAfee Knob et la vue sur le vide de la Catawba Valley en contrebas suffit à nous couper le souffle pour de bon. Sur l’interstate pour Abingdon, les associations de véhicules improbables se suivent: villa transportée sur un camion, camping-car traînant four à pizza et BBQ, voiture sans capot, sans vitre, et ne tenant plus que par un tendeur, pick-up avec un passager endormi sur le pont, camping-car remorquant une jeep.

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31.08.2016
Réveil au son du Klaxon du train passant par la pittoresque mais réduite ville d’Abingdon. Le temps de sauter dans nos affaires, nous voilà assis dans un bus direction Whitetop Mountain, un œil sur mon strudel du déjeuner, de l’incongrue boulangerie balkanique d’Abingdon, l’autre sur les contours de la route. Le bus nous dépose au sommet d’une piste cyclable qui descend le long d’une ancienne voie de chemin de fer désaffectée. Nos vélos tracent leur chemin entre ombre et lumière à travers des forêts de peupliers, longeant une rivière à castor. Le long de la route de retour, au dernier mile avant Damascus, un Turkey vulture s’envole devant nous, et je place enfin une tête sur un nom maintes fois lu dans les romans américains. Drôle d’oiseau. Nous repartons d’Abingdon où nous avons profité de la généreuse hospitalité américaine dans un lodge privatif au lit paradisiaque, épais comme le lit de la princesse au petit pois. Arrivée en Caroline du Nord après un orage soudain qui dévoile Asheville, lovée entre les Blue Ridge Mountain et les Smoky Mountains. Après s’être interrogés sur un parcomètre à introduction de billets pliés dans des fentes numérotées, nous prenons l’apéro en rooftop avec une vue imprenable sur les rayons du soleil et les filets de brouillards qui s’accrochent au fond des vallées. On aperçoit au loin l’habituel couronne suburbaine de motel et de fast food plus répulsifs les uns que les autres, mais au pied du building le centre d’Asheville est nourri d’influences éclectiques: boutiques d’ésotérisme ou de produits bio, hippies caricaturaux le long des trottoirs et twist dancing dans les bars. On finit la soirée le ventre prêt à exploser de pâtes fraîches, de loin le meilleur souper américain jusqu’ici.

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01.09.2016
Après quelques tours de pâtés du downtown d’Asheville sous une chaleur accablante, nous mettons le cap sur les Smoky Mountains dont l’approche est jonchée de motels au goût douteux et inauthentique au possible. Notre volonté de randonnée à cheval est avortée tout net par un orage intempestif. On met alors le cap sur Biltmore Estate, plus grande résidence privée des états-unis et fantasme mégalomane d’un château de Versailles à l’américaine. Le prix d’entrée étant tout aussi mégalomane, on abandonne, finissons par faire un tour de la ville en bus animé par des acteurs. Bien qu’accueillant plus de 20 micro-brasseries, Asheville ne déroge pas à la loi américaine, interdiction de se promener avec une bière à la main dans les rues. Sur les trottoirs, les musiciens brûlent leurs doigts sur leur guitare au rythme endiablé d’un air de blue grass, les hippies traversent les routes nonchalants dans leurs habits de lumière, les marginaux jouent aux échecs dans un square coincé entre 4 voies.

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02.09.2016
Sous un ciel chargé, nous quittons Asheville les yeux rivés sur les prévisions météo: l’ouragan Hermine est en chemin pour la Caroline du sud, plein cap sur notre destination. Alors que je suis pour nous enfoncer le plus possible dans le pays pour y échapper, David fait le pari de rouler et d’atteindre Charleston avant Hermine. Le couloir qu’emprunte l’ouragan s’étend entre Columbia et Charleston: nous nous y retrouvons au pire moment, la pluie tombe en trombe sur notre pare-brise et c’est avec peine qu’on distingue la route et la voiture qui nous précède. Un arbre couché sur la voie d’urgence, une voiture arrêtée au milieu de la tranchée séparant la highway, et des kilomètres et kilomètres de véhicules roulant en sens inverse du nôtre: malgré tous les signes qui nous crient de prendre la direction opposée, nous arrivons sains et saufs à Charleston. Le vent fait claquer les drapeaux contre leur hampe, sur la marina, les lourdes balancelles se meuvent toutes seules, les palmiers secouent frénétiquement leur tête. Les rues sont vides, les boutiques fermées à double tour, un mot griffonné à la va vite, des sacs de sable protègent les portes des banques. Je saute de porche en porche pour m’abriter des rafales, et par-dessus les palmes tombées sur les trottoirs, traînant là comme de vieilles perruques rousses abandonnées.

La suite de notre roadtrip d’ici quelques jours: Charleston – Savannah – Washington DC

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2 thoughts on “En roadtrip américain I

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